Colloque du réseau GlobalMed

Colloque réservé aux membres du réseau GlobalMed

Le colloque organisé par le réseau "GlobalMed - La Méditerranée et le monde depuis la Préhistoire à nos jours, approches interdisciplinaires et internationales" vise à interroger la Méditerranée comme objet de recherche interdisciplinaire et global à travers des cas d’étude concrets. En s’appuyant sur la polysémie du terme « problématique », le colloque entend nourrir deux pistes de réflexion. 

D’une part, identifier les problèmes qui se posent en Méditerranée, non pas forcément comme des situations de crise spécifiques à cet espace, quoique cela puisse être le cas, mais, dans la perspective d’une approche globale, comme des phénomènes reliés à une échelle macro-régionale ou mondiale. Dès lors, la question de la Méditerranée comme observatoire des enjeux mondiaux peut être posée, même si le caractère exceptionnel, ou central, des phénomènes observés peut et doit être questionné. Questions patrimoniales et culturelles, démographiques, politiques et géopolitiques, environnementales, la liste des situations observables est variée et permet d’interroger à la fois leur aspect global et/ou leur caractère exceptionnel. 

D’autre part, ce colloque offre l’occasion d’articuler cette réflexion sur les problèmes méditerranéens avec un questionnement sur la problématique méditerranéenne, c’est à dire sur le cadre de l’analyse dans une perspective critique et épistémologique. Depuis cinq ans, le réseau GlobalMed fait réfléchir ensemble des universitaires venus d’horizons nationaux, disciplinaires et culturels différents à une approche globale de la Méditerranée. Ce faisant, l’objet Méditerranée et les études méditerranéennes ont été examinés sous plusieurs angles. Dans ces échanges, l’interdisciplinarité a permis de relativiser la pertinence de certains concepts qui, pris isolément dans leurs champs disciplinaires, avaient valeur de paradigme. Ce colloque vise donc à établir un premier bilan et à ouvrir des perspectives sur la question méditerranéenne. Penser la Méditerranée est stimulant mais complexe, la penser dans une approche globale l’est tout autant.

Les participants pourront proposer une communication dans l’une des trois sessions suivantes ou prendre part à la table ronde de clôture du colloque (ci-dessous).

 

Session « Paradigme méditerranéen »

La description de la Méditerranée comme un ensemble cohérent date du tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Elle a été produite, depuis l’Europe occidentale, par des voyageurs, des archéologues, des historiens, des géographes, des écrivains fascinés par les civilisations antiques, les paysages et le patrimoine qu’ils y découvraient. Le paradigme méditerranéen, structuré par Fernand Braudel au milieu du XXe siècle, s’inscrivait dans cet héritage, tout en posant un cadre d’analyse dominant : l’unicité de la Méditerranée, enracinée dans la longue durée, des structures commerciales et des mobilités réticulaires. À partir de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle, une déconstruction progressive de ce paradigme a été opérée, remettant en cause l’unité méditerranéenne en prenant en compte d’une part les fractures et les fragmentations internes à l’espace méditerranéen, et d’autre part en insistant sur les dynamiques mondialisées dans lesquelles la Méditerranée s’insérait. 

Cette première session du colloque s’appuiera sur cette évolution épistémologique non pas pour remettre en cause le paradigme méditerranéen en tant que tel, ce qui est chose faite depuis plus de vingt ans, mais pour interroger, à travers lui, l’espace méditerranéen comme laboratoire de questionnement sur les échelles d’analyse et leur articulation. Il s’agira d’identifier ces échelles, du local au global, et de questionner les connexions entre elles. La nature de ces connexions, en portant attention aux phénomènes multiformes de domination mais aussi d’hybridation, pourra faire l’objet de communications. L’absence de connexions, les situations d’isolement et les lignes de fractures, ainsi que leurs causes viendront apporter un contrepoint. Ce faisant, on pourra aussi, dans cette session, questionner l’existence d’autres paradigmes comparables dans d’autres régions du monde. 

 

Session « Méditerranée périphérique »

L’approche globale qui caractérise les sciences humaines et sociales depuis une vingtaine d’années propose un décentrement du regard et un questionnement des points de vue européo-centrés. À ce titre, les études post-coloniales ont joué un rôle fondateur, en montrant que l’histoire du monde était la plupart du temps écrite et diffusée du point de vue occidental, c’est à dire du point de vue des dominants dans les entreprises coloniales et impériales. Or, une autre approche est possible comme en témoignent les travaux issus de chercheurs et chercheuses non-occidentaux avec une perspective décentrée, consistant à « provincialiser » l’Occident en général, l’Europe et la Méditerranée en particulier.Cette deuxième session du colloque ne vise pas à discuter ce rééquilibrage des points de vue, qui est désormais acquis, mais à questionner l’espace méditerranéen à partir de ce mouvement critique. On pourra s’interroger sur les résultats produits par des études qui considéreraient la Méditerranée comme un espace périphérique, provincial ou marginal. Comment ces travaux s’articulent-ils avec le paradigme méditerranéen ? En quoi contribuent-ils à une remise en cause de celui-ci ? On pourra également questionner la notion de provincialisation. Sortir de la Méditerranée, est-ce sortir du paradigme méditerranéen ? Une périphérie est-elle nécessairement externe ? Autrement dit, faut-il placer la Méditerranée au bord de la carte des espaces étudiés pour s’affranchir d’un regard dominant ou centralisateur ? Les périphéries ne sont-elles pas aussi internes à l’espace méditerranéen, qui comprend ses marges, ses espaces délaissés, ses angles morts ?

 

Session « (Ré)intégrer le monde » 

Cette troisième session propose de déplacer le regard en considérant la Méditerranée non plus comme un « monde » en soi ou une périphérie mais comme une partie du monde, insérée dans un ensemble de circulations planétaires. Il s’agit de rompre avec une vision fragmentée de la planète pour interroger la Méditerranée comme un espace-relais entre mers, continents et horizons lointains. La mer intérieure devient ainsi un observatoire privilégié pour penser l’unicité du monde tout en tenant compte de ses discontinuités, de ses zones de contact et de ses lignes de fracture.

On pourra accueillir des études qui replacent la Méditerranée au sein de systèmes de circulations multiscalaires, reliant par exemple Atlantique, mer Noire, océan Indien ou Pacifique, à travers des trajectoires marchandes, routes maritimes, circulations artistiques ou numériques, ainsi que des mobilités migratoires. Une attention particulière pourra être portée aux « sociétés connectées et en mouvement » – milieux et espaces cosmopolites, diasporas, collectifs transnationaux – dont les revendications actuelles (droit à la mobilité, à la reconnaissance, à la justice environnementale et sociale, demandes de restitutions de biens culturels) obligent à repenser la place de la Méditerranée dans le monde et non au-dessus ou en dehors de lui.

Cette session invitera également à réfléchir aux effets de ce recentrage planétaire sur nos outils d’analyse : comment articuler approches méditerranéennes, histoires connectées, études croisées, océaniques ou globales, sans reconduire un point de vue hégémonique ? Quelles méthodes (enquêtes multi-situées, collaborations Sud–Nord, dispositifs participatifs, usages du numérique) permettent de saisir des circulations qui débordent les cadres nationaux et régionaux classiques ? Enfin, on pourra interroger les formes d’engagement portées par ces travaux : en quoi les pratiques militantes, artistiques ou patrimoniales en Méditerranée contribuent-elles à formuler d’autres manières d’« habiter le monde », fondées sur la reconnaissance des interdépendances et sur la recherche de formes de circulation plus justes et plus soutenables ?

 

Table ronde « Méditerranée post-globale »

Cette table-ronde conclusive du colloque se veut un temps d’échanges autour de la notion de Méditerranée post-globale entendue comme une analyse critique de l’approche globale. Si la Méditerranée est un observatoire des enjeux géopolitiques, sociaux, environnementaux, culturels qui s’imposent au monde, elle est alors également une ressource pour penser les limites et les impasses de cette approche globale, largement fondée sur les paradigmes de la mobilité, des échanges, de la fluidité et de la connectivité. Cette approche critique, qui n’est pas neuve, acquiert toutefois une acuité particulière en raison de l’intensité des phénomènes observables en Méditerranée. 

La table-ronde pourra mettre en évidence les domaines à propos desquels l’approche globale relève davantage de l’incantation que de la réalité. Ce faisant, on pourra en décrire précisément les nuances, les degrés d’intensité et les points de blocage. 

Par ailleurs, la table-ronde permettra aussi d’envisager les limites de l’approche globale non pas comme une opposition terme à terme mais comme des ressources pour penser des modèles alternatifs. À ces crises dont la Méditerranée est le cadre répondent aussi des utopies et une convergence des causes. En Méditerranée se font jour d’autres projets de société, fondés sur une remise en cause du modèle de croissance économique productiviste pour valoriser un développement soutenable axé sur la justice sociale et la préservation écologique. La mer est peut-être encore et toujours l’espace des utopies, même si celles-ci ne sont pas globales. 

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